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Empreinte carbone du numérique en entreprise : la mesurer et la réduire

On imagine le numérique propre parce qu'il est invisible. Pourtant, les écrans, les serveurs et les réseaux pèsent lourd dans le bilan carbone d'une PME, et de plus en plus chaque année. Voici d'où vient cet impact, comment le faire entrer dans votre bilan, et les leviers concrets pour l'alléger.

Quand on dresse la liste des sources d'émissions d'une entreprise, on pense d'abord aux véhicules, au chauffage ou aux matières premières. Le numérique, lui, reste souvent l'angle mort. Un courriel ne fume pas, un serveur ne crache pas de fumée noire, et le cloud porte un nom qui évoque tout sauf une cheminée d'usine. Cette discrétion est trompeuse. Derrière chaque écran allumé, chaque fichier stocké et chaque vidéo lue se cache une chaîne bien physique de métaux extraits, d'usines, de centres de données et de câbles qui consomment de l'énergie. Pour une PME, en particulier dans les services, le numérique peut représenter une part loin d'être négligeable de l'empreinte carbone.

La bonne nouvelle, c'est que ce poste se mesure et se réduit avec des gestes simples, souvent rentables. Encore faut-il comprendre d'où vient réellement l'impact, car l'intuition se trompe presque toujours. Cet article fait le point sur le poids du numérique, sur la façon de l'intégrer à un bilan carbone, et sur les leviers les plus efficaces pour le diminuer.

Le numérique, un poste d'émissions qui pèse plus qu'on ne croit

À l'échelle de la France, le numérique représentait environ 4,4 % de l'empreinte carbone nationale selon l'actualisation publiée par l'ADEME et l'Arcep début 2025, soit de l'ordre de 29,5 millions de tonnes de CO2 équivalent. Ce chiffre marque une nette progression par rapport à l'étude de référence de 2020, qui l'estimait alors autour de 2,5 %. Une partie de cette hausse vient d'une meilleure prise en compte des centres de données situés à l'étranger mais utilisés depuis la France. L'autre partie reflète une réalité simple : nous fabriquons et utilisons toujours plus d'équipements, et les usages les plus gourmands, comme la vidéo et l'intelligence artificielle, se multiplient.

La trajectoire n'incite pas à l'attentisme. Sans inflexion des usages et des modes de fabrication, l'empreinte carbone du numérique en France pourrait croître d'environ 45 % d'ici 2030 par rapport à 2020, selon les projections de l'ADEME et de l'Arcep. Autrement dit, un poste qui grossit pendant que la plupart des autres doivent décroître. Pour une entreprise, l'ignorer revient à laisser filer une part de son empreinte qui ira en augmentant.

D'où vient vraiment l'impact

Première surprise quand on regarde les chiffres de près : l'essentiel de l'impact ne se joue pas pendant l'utilisation, mais avant même qu'on allume l'appareil. D'après l'actualisation 2025 de l'ADEME, la phase de fabrication concentre près de 60 % de l'empreinte carbone du numérique, contre environ 40 % pour la phase d'usage. Fabriquer un ordinateur, un smartphone ou un serveur exige d'extraire des dizaines de métaux, parfois rares, de les transformer dans des usines très consommatrices d'énergie, puis de les transporter à l'autre bout du monde. À titre d'illustration, produire un ordinateur portable de deux kilos mobilise environ 800 kilos de matières premières et près d'une tonne et demie d'eau.

La répartition par maillon de la chaîne est tout aussi parlante. Les terminaux, c'est-à-dire les appareils que nous utilisons au quotidien, pèsent environ la moitié de l'empreinte du numérique. Les centres de données en représentent désormais près de 46 %, une part en forte hausse, et les réseaux le reste, autour de 4 %. Parmi les terminaux, trois familles dominent largement : les ordinateurs, les téléviseurs et les smartphones concentrent à eux seuls la quasi-totalité des émissions liées aux équipements.

Répartition de l'empreinte carbone du numérique en France selon l'ADEME et l'Arcep : environ 50 pour cent pour les terminaux comme les ordinateurs et smartphones, environ 46 pour cent pour les centres de données et environ 4 pour cent pour les réseaux, la fabrication représentant à elle seule près de 60 pour cent de l'impact total
Terminaux, centres de données, réseaux : où se joue l'impact du numérique, et le poids dominant de la fabrication.

Cette photographie change radicalement la façon d'agir. Si l'impact se concentrait dans l'usage, il suffirait d'éteindre les machines et de trier ses courriels. Puisqu'il se loge surtout dans la fabrication, le vrai levier consiste à acheter moins, à acheter mieux et à garder les appareils plus longtemps. Nous y reviendrons, car c'est là que se trouvent les gains les plus importants.

Pourquoi cela concerne directement votre PME

Une entreprise de services se croit souvent à l'abri parce qu'elle ne possède ni usine ni flotte de camions. C'est une illusion. Dans une activité dématérialisée, le numérique devient au contraire l'un des premiers postes d'émissions, à travers le parc informatique, les abonnements logiciels, l'hébergement des sites et des applications, et le stockage de données qui ne cesse de gonfler. Le télétravail, en multipliant les équipements et les visioconférences, a encore renforcé ce poids.

Dans la logique d'un bilan carbone, ces émissions se rangent presque toutes dans le scope 3, celui des émissions indirectes liées à la chaîne de valeur. Le scope 2 capte une petite partie, l'électricité consommée directement par vos appareils et vos serveurs internes. Mais l'achat d'un ordinateur, le recours à un service cloud ou l'usage d'un centre de données externe relèvent du scope 3, souvent le plus lourd et le plus négligé. Si la distinction entre les trois périmètres vous semble floue, notre article sur les scopes 1, 2 et 3 la résume en quelques minutes.

Comment l'intégrer à votre bilan carbone

Mesurer l'empreinte numérique de l'entreprise n'a rien d'insurmontable, à condition de procéder par poste. Le premier réflexe consiste à dresser l'inventaire du matériel : combien d'ordinateurs, d'écrans, de téléphones, de serveurs, et depuis quand ils sont en service. Chaque équipement porte une empreinte de fabrication que l'on peut estimer à partir de facteurs d'émission reconnus. Pour donner un ordre de grandeur, la fabrication d'un ordinateur portable génère de l'ordre de 180 kilos de CO2 équivalent, quand son usage sur une année n'en représente que quelques kilos. Un smartphone neuf se situe entre 50 et 80 kilos sur l'ensemble de son cycle de vie, dont environ 80 % pour la seule fabrication.

Vient ensuite l'usage. On y range l'électricité consommée par les appareils et, surtout, les services hébergés à l'extérieur : cloud, messagerie, sites web, outils en ligne. Les factures de vos fournisseurs informatiques et d'hébergement sont ici de précieuses sources de données. C'est précisément la matière que lit un outil comme Sevae pour reconstituer vos émissions. Pour rattacher chaque dépense à une quantité de CO2 fiable, on s'appuie sur la Base Carbone de l'ADEME, le référentiel public des facteurs d'émission. Notre article dédié explique à quoi sert un facteur d'émission et pourquoi il rend le calcul traçable et auditable.

Le but n'est pas la perfection au gramme près, mais un ordre de grandeur fiable qui révèle les postes lourds. Une fois le numérique chiffré aux côtés de l'énergie, des déplacements et des achats, vous savez enfin s'il s'agit chez vous d'un sujet majeur ou secondaire, et vous pouvez décider en connaissance de cause.

Sept leviers concrets pour réduire l'empreinte numérique

Réduire l'impact du numérique ne suppose ni de revenir au papier ni de débrancher l'entreprise. Quelques décisions bien ciblées suffisent à faire la différence, et la plupart allègent aussi la facture.

Les principaux leviers pour réduire l'empreinte carbone du numérique en entreprise : allonger la durée de vie des équipements et acheter reconditionné, limiter le nombre d'appareils, choisir un hébergement sobre, maîtriser le stockage et la vidéo, puis sensibiliser les équipes
Cinq familles de leviers, du matériel aux usages, pour alléger durablement l'empreinte numérique.

Allonger la durée de vie des équipements

C'est de loin le levier numéro un, puisque la fabrication concentre l'essentiel de l'impact. Faire passer un ordinateur ou une tablette de deux à quatre ans d'usage améliore d'environ 50 % son bilan environnemental. Concrètement, cela revient à repousser le renouvellement, à réparer plutôt qu'à remplacer, et à entretenir le matériel pour qu'il dure. Chaque année gagnée sur la durée de vie d'un appareil évite une part de l'empreinte de fabrication du suivant.

Acheter reconditionné et acheter moins

Quand un remplacement s'impose, le matériel reconditionné permet d'éviter la lourde empreinte de fabrication d'un produit neuf, pour un coût souvent inférieur. Dans le même esprit, mutualiser les équipements, éviter le doublon entre un ordinateur fixe et un portable, ou résister à la tentation du dernier modèle sont autant de façons d'acheter moins sans dégrader le service rendu. La sobriété matérielle reste la stratégie la plus efficace, car l'appareil le plus vertueux est celui que l'on ne fabrique pas.

Choisir un hébergement et un cloud plus sobres

Pour les sites, les applications et le stockage de données, le choix du prestataire compte. Certains centres de données affichent une bien meilleure efficacité énergétique et une électricité plus bas carbone que d'autres. Dimensionner ses ressources au plus juste, plutôt que de surréserver des serveurs qui tournent à vide, réduit aussi la consommation. Poser ces questions à son hébergeur, et privilégier les fournisseurs transparents sur leur impact, fait partie des bons réflexes.

Maîtriser le stockage et la vidéo

Les données conservées indéfiniment sur des serveurs ont un coût énergétique permanent. Faire le ménage dans les fichiers obsolètes, limiter les sauvegardes en double et purger les boîtes de messagerie volumineuses allège ce poids. La vidéo, qui représente la part la plus lourde des flux de données, mérite une attention particulière : couper la caméra quand elle n'apporte rien en visioconférence, ajuster la qualité de streaming et éviter les envois massifs de pièces jointes sont des gestes modestes mais utiles à grande échelle.

Sensibiliser et embarquer les équipes

Aucun de ces leviers ne tient sans l'adhésion des collaborateurs. Une charte simple de numérique responsable, quelques repères partagés et l'exemple donné par la direction suffisent souvent à ancrer les bons réflexes. L'enjeu n'est pas de culpabiliser, mais de rendre visibles des impacts invisibles et de donner à chacun les moyens d'agir à son niveau.

Un poste qui rapporte autant qu'il coûte

Réduire l'empreinte numérique présente un avantage rare : presque tous les leviers font aussi baisser les dépenses. Garder le matériel plus longtemps, acheter reconditionné, dimensionner son cloud au plus juste et faire le tri dans ses données, ce sont des économies directes autant que des tonnes de CO2 évitées. C'est l'un des rares postes où l'intérêt écologique et l'intérêt financier pointent dans la même direction, ce qui en fait souvent un excellent point de départ pour une PME qui débute sa démarche.

S'y ajoute un bénéfice d'image et de conformité. Les démarches de numérique responsable sont de plus en plus attendues par les clients, les donneurs d'ordre et les candidats, et elles s'inscrivent naturellement dans un plan de décarbonation structuré. Mesurer puis réduire son empreinte numérique, c'est donc à la fois une bonne opération économique et un signal envoyé à son écosystème.

Mesurer pour décider, avec Sevae

Tout commence par le chiffrage. Tant que le numérique reste une intuition, il est impossible de savoir s'il faut en faire une priorité ou un chantier secondaire. C'est exactement ce que Sevae rend simple. Vous importez vos justificatifs, factures de matériel informatique, contrats d'hébergement, abonnements logiciels, et notre intelligence artificielle en extrait les données. Le moteur calcule vos trois scopes selon la Base Carbone de l'ADEME, avec une trace auditable, puis un expert RSE relit et valide votre rapport. Vous obtenez non seulement le poids réel de votre numérique, mais aussi un plan d'action priorisé qui vous indique par où commencer. Pour voir le déroulé pas à pas, rendez-vous sur notre page comment ça marche.

À retenir

Le numérique est un poste d'émissions discret mais bien réel, qui représente déjà environ 4,4 % de l'empreinte de la France et continue de croître. L'essentiel de l'impact se loge dans la fabrication des équipements, ce qui désigne un levier clair : garder le matériel plus longtemps, acheter reconditionné et acheter moins, avant même d'optimiser les usages. Pour une PME, ce poste relève surtout du scope 3 et mérite d'entrer dans le bilan carbone au même titre que l'énergie ou les déplacements. La plupart des actions pour le réduire font aussi baisser les coûts, ce qui en fait un point de départ idéal. Le meilleur réflexe reste de mesurer d'abord, pour agir ensuite là où cela compte vraiment.

Envie de connaître le vrai poids de votre numérique ?

Mesurez vos émissions à partir de vos factures, obtenez un plan d'action priorisé, et faites valider votre bilan par un expert RSE.

Cet article est informatif et ne constitue pas un conseil réglementaire. Les chiffres cités proviennent de l'actualisation de l'étude ADEME-Arcep sur l'empreinte environnementale du numérique en France (publiée début 2025) et sont susceptibles d'évoluer au fil des mises à jour. Les ordres de grandeur par équipement varient selon les modèles et les méthodes de calcul. Vérifiez les données et les facteurs d'émission auprès d'une source officielle, comme l'ADEME ou l'Arcep, avant toute décision.

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